Le modèle VAKOG revient dans presque chaque formation en PNL, chaque article sur la communication interpersonnelle, chaque coaching d’équipe. Cinq lettres pour cinq sens : visuel, auditif, kinesthésique, olfactif, gustatif. L’idée paraît limpide, et c’est précisément ce qui pose problème quand on la confronte à d’autres grilles de lecture sensorielle.
Validité scientifique du VAKOG : ce que disent les revues critiques
Avant de comparer des modèles sensoriels, il faut poser une question préalable : sur quoi repose le VAKOG ? L’article Wikipédia consacré à la programmation neuro-linguistique indique qu’il n’existe pas de données convaincantes pour démontrer que la PNL améliore l’efficacité individuelle ou organisationnelle. Le modèle des canaux sensoriels dominants, qui est au coeur du VAKOG, manque de base scientifique selon cette même source.
A lire aussi : Pourquoi suivre une formation Excel peut vraiment faire la différence
Le modèle des accès oculaires, souvent associé au VAKOG, est qualifié de simpliste et non scientifique par la littérature de psychologie. Des analyses critiques en neurosciences concluent à l’absence de validation expérimentale robuste de l’idée qu’un individu possède un canal sensoriel « dominant » stable.
Cela ne signifie pas que les cinq sens n’interviennent pas dans la perception. La nuance porte sur le postulat d’un canal préférentiel fixe qui guiderait la communication d’une personne. Les sciences cognitives actuelles décrivent plutôt un traitement multisensoriel intégré, où les sens interagissent en permanence selon le contexte, la tâche et l’environnement.
A lire aussi : Pourquoi poursuivre ses études peut vraiment changer la donne

VAKOG comparé aux autres modèles sensoriels : tableau des différences
Plusieurs grilles sensorielles circulent dans les domaines de la formation, du coaching et de la pédagogie. Leurs postulats, leur périmètre et leur ancrage scientifique diffèrent.
| Modèle | Origine | Principe central | Nombre de canaux | Validation scientifique |
|---|---|---|---|---|
| VAKOG | PNL (années 1970) | Canal sensoriel dominant stable | 5 (V, A, K, O, G) | Non validé par la recherche en neurosciences |
| VAK simplifié | Dérivé du VAKOG, pédagogie | Style d’apprentissage visuel, auditif ou kinesthésique | 3 | Réfuté par plusieurs méta-analyses sur les « learning styles » |
| Intégration multisensorielle (neurosciences) | Recherche en sciences cognitives | Traitement combiné et contextuel des entrées sensorielles | Variable (pas de canal fixe) | Soutenu par la recherche contemporaine |
| Design sensoriel (marketing) | Marketing expérientiel | Stimulation coordonnée de plusieurs sens pour influencer la perception | 5 (utilisés simultanément) | Appuyé par des études en comportement du consommateur |
Le point saillant du tableau : seuls les modèles qui abandonnent l’idée d’un canal dominant trouvent un appui dans la recherche récente. Le VAKOG et le VAK partagent la même faiblesse structurelle, à savoir l’hypothèse d’une préférence sensorielle stable et identifiable par des indices verbaux ou oculaires.
Pourquoi le VAKOG reste populaire en formation et en coaching
Si la base scientifique est fragile, pourquoi le modèle VAKOG continue-t-il d’apparaître dans les cursus de PNL, les formations à la communication et les ateliers de développement personnel ? Trois facteurs expliquent cette persistance.
- La simplicité de la grille : cinq catégories nettes, faciles à mémoriser, qui donnent l’impression de « comprendre » immédiatement son interlocuteur. Cette accessibilité séduit les formateurs comme les participants.
- L’effet de confirmation : quand on cherche des indices visuels ou auditifs dans le langage de quelqu’un, on en trouve toujours. Le biais de confirmation renforce la croyance dans le modèle, même sans fondement expérimental.
- L’absence d’alternative aussi simple : les modèles issus des neurosciences cognitives sont plus nuancés, plus contextuels, et donc plus difficiles à transformer en exercice de formation d’une demi-journée.
Le VAKOG fonctionne comme un raccourci pédagogique. Il aide à sensibiliser aux différences de perception entre individus. En revanche, il ne permet pas de prédire le canal préféré d’une personne ni d’adapter sa communication de manière fiable sur cette base.
Intégration multisensorielle : l’alternative issue des sciences cognitives
Les neurosciences décrivent un fonctionnement cérébral où les informations visuelles, auditives et tactiles sont traitées de manière combinée. Un son peut modifier la perception d’une image. Une texture influence l’évaluation d’un goût. Ce traitement croisé est la norme, pas l’exception.
En pédagogie, cette approche conduit à privilégier des supports qui sollicitent plusieurs sens en même temps plutôt que de tenter d’identifier le « style » d’un apprenant. Un cours qui associe une explication orale, un schéma visuel et une manipulation concrète bénéficie à la majorité des profils, sans qu’il soit nécessaire de catégoriser chacun.
En communication professionnelle, la conséquence est comparable. Plutôt que de deviner si un interlocuteur est « visuel » ou « auditif », varier les registres sensoriels dans un même échange produit de meilleurs résultats. Un exemple concret vaut souvent plus qu’un diagnostic de canal.

Quel modèle sensoriel choisir pour la communication ou l’apprentissage
Le choix dépend de l’usage et du niveau de rigueur attendu.
Pour une sensibilisation rapide aux différences de perception dans un atelier ou une formation courte, le VAKOG reste un outil de discussion utile, à condition de le présenter comme une grille de lecture simplifiée et non comme un diagnostic fiable. L’erreur est de prendre le VAKOG pour un outil de mesure alors qu’il fonctionne, au mieux, comme une métaphore pédagogique.
Pour concevoir des dispositifs de formation, des supports d’apprentissage ou des stratégies de communication, l’approche multisensorielle offre un cadre plus solide. Elle ne demande pas de classer les individus dans des catégories, mais de diversifier les stimuli proposés.
- En formation : combiner visuel (schémas, vidéos), auditif (explications, discussions) et kinesthésique (exercices pratiques, mises en situation) dans chaque séquence, sans chercher à personnaliser par canal.
- En communication interpersonnelle : observer les réactions de l’interlocuteur et adapter le registre en temps réel, plutôt que de se fier à un profil sensoriel supposé.
- En marketing ou design d’expérience : travailler la cohérence entre les stimuli sensoriels (vue, son, toucher, odeur) pour renforcer un message global.
Le VAKOG a popularisé l’idée que nos sens comptent dans la communication. Cette intuition reste pertinente. La grille elle-même ne résiste pas à l’examen scientifique, mais le réflexe de prêter attention aux dimensions sensorielles d’un échange garde sa valeur pratique, à condition de ne pas enfermer les personnes dans des étiquettes.

